Le 23 juin 2025, la présidence de l’Université Paris-Saclay saisit le Conseil pour l’éthique et l’intégrité de la recherche scientifique (Poléthis), lui demandant de se prononcer sur la vocation de l’UPS à travailler avec l’Université de Tel Aviv. Le 11 décembre 2025, Poléthis rend alors un avis qui élargit l’analyse à l’ensemble des universités israéliennes et qui détaille de manière sourcée l’implication de ces universités dans le génocide à Gaza et le processus de colonisation. En conclusion, Poléthis recommande de suspendre temporairement ces partenariats le temps de les examiner de manière approfondie afin d’en vérifier la conformité avec les valeurs universitaires. L’avis précise que ces mesures ne concernent pas les étudiants et chercheurs israéliens à titre individuel sous réserve qu’ils respectent les principes éthiques universitaires.
Cet avis est d’abord publié sur le site de l’UPS, et fait l’objet d’un article Médiapart le 4 février, avant d’être retiré quelques jours plus tard par Poléthis sous pression de la présidence.
Pour accompagner ce retrait, l’UPS publie le 6 février un communiqué intitulé « L’Université Paris-Saclay rejette fermement le principe de suspension des partenariats avec des universités en raison exclusive de leur nationalité »’. L’UPS y qualifie l’avis de Poléthis de « non sollicité par l’université » et cite l’avis du collège de déontologie de l’enseignement supérieur, selon lequel une prise de position de nature politique ne saurait justifier la remise en cause de partenariats académiques internationaux.
Plusieurs éléments méritent pourtant d’être soulignés.
D’abord, Poléthis n’a fait qu’élargir le champ de la saisine formulée par la présidence de l’UPS elle-même, ce qui relève de ses prérogatives. Et surtout, Poléthis est une instance interne à l’université, sa mission consiste précisément à évaluer l’éthique des décisions de la gouvernance. Si ses avis sont censurés dès lors qu’ils dérangent la direction, l’existence même de cette instance perd sa raison d’être.
Ensuite, l’avis de Poléthis ne se base pas sur la nationalité, mais sur leur implication concrète dans le système d’apartheid israélien. Assimiler la remise en cause des partenariats à une prise de position politique ou à une discrimination liée à la nationalité n’est qu’un prétexte largement utilisé pour éviter le fond du sujet.
Depuis le début du génocide à Gaza, l’armée israélienne a tué plus de 71000 palestiniens, sans compter les dizaines de milliers de victimes toujours sous les décombres. Plus de 20 000 d’entre eux sont des enfants, dont au moins 1 000 âgés de moins d’un an. Le système éducatif a été particulièrement ciblé : 63 bâtiments universitaires détruits, et plus de 600 000 enfants privés d’un accès durable à l’enseignement présentiel.
Dans ce contexte, de nombreuses universités israéliennes sont directement impliquées dans ce génocide. L’université de Tel Aviv héberge notamment l’Institut d’études à la sécurité nationale (INSS) à l’origine de la « doctrine Dahiya » adoptée par l’armée israélienne, qui préconise l’usage de la force disproportionnée contre des zones civiles. Elle a aussi créé une « salle de guerre technique » destinée à développer des solutions aux défis rencontrés par les soldats sur les lignes de front, ainsi qu’un cours de « hasbara », propagande israélienne justifiant le génocide à Gaza.
Technion possède des programmes conjoints avec l’armée israélienne et des cursus parrainés par les entreprises d’armement israéliennes comme Rafael et Elbit, accueille plusieurs centres de recherche liés aux objectifs militaires israéliens (CSST et ADRI), et a développé les capacités de commande à distance du bulldozer blindé Caterpillar D9 utilisé par l’armée israélienne pour démolir les habitations palestiniennes.
Dans ces conditions, la recommandation de Poléthis parait particulièrement mesurée : il ne s’agit même pas d’un boycott définitif, mais simplement d’une suspension temporaire des partenariats le temps de réexaminer leur conformité aux valeurs éthiques invoquées par l’UPS.
Au plan juridique, l’UPS invoque dans son communiqué l’avis du collège de déontologie de l’enseignement supérieur, sans prendre en compte la primauté du droit international sur le droit interne, garantie par la Constitution française. Les universités publiques étant des organes de l’Etat, elles sont tenues de respecter les obligations qui en découlent. Et justement, la Cour Internationale de Justice a estimé qu’il existe un risque plausible de génocide à Gaza, et a jugé illégale l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Les organes de l’Etat dont les universités publiques ont l’obligation juridique de ne pas contribuer à de telles violations du droit international, et donc de veiller à ce que leurs activités ne contribuent pas, directement ou indirectement, à leur perpétuation. La demande de Poléthis s’inscrit alors dans une démarche de mise en conformité avec les obligations légales s’imposant à l’université.
Camille Galap, président de l’UPS, doit accepter la republication de l’avis de Poléthis et rompre les partenariats avec les universités et entreprises complices du génocide à Gaza, sans quoi les valeurs éthiques qu’il prétend défendre perdront toute crédibilité.
Sources
- Avis de Poléthis sur les partenariats de recherche entre l’université Paris-Saclay et les universités israéliennes – AURDIP (https://aurdip.org/avis-de-polethis-sur-les-partenariats-de-recherche-entre-luniversite-paris-saclay-et-les-universites-israeliennes/)
- Retrait de l’avis de Poléthis : une décision qui interroge l’éthique et le droit | Le Club (https://blogs.mediapart.fr/aabbes/blog/160226/retrait-de-l-avis-de-polethis-une-decision-qui-interroge-l-ethique-et-le-droit)
- L’Université Paris-Saclay rejette fermement le principe de suspension des partenariats avec des universités en raison exclusive de leur nationalité | Université Paris-Saclay (https://www.universite-paris-saclay.fr/actualites/luniversite-paris-saclay-rejette-fermement-le-principe-de-suspension-des-partenariats-avec-des-universites-en-raison-exclusive-de-leur-nationalite)
- Des réductions d’impôts en France financent la recherche militaire israélienne et la formation de soldats de Tsahal | Blast le souffle de l’info, site d’information français d’actualités et d’investigations indépendant (https://www.blast-info.fr/articles/2025/des-reductions-dimpots-en-france-financent-la-recherche-militaire-israelienne-et-la-formation-de-soldats-de-tsahal-51ysQ2awS-Kd5jE4A5yyWw)
- ACADEMIC BOYCOTT | BDS Movement (https://bdsmovement.net/academic-boycott)
- Toutes impliquées : détail de l’implication des universités israéliennes dans le génocide – Association France Palestine Solidarité Alsace (https://afps-alsace.com/toutes-impliquees-detail-de-limplication-des-universites-israeliennes-dans-le-genocide/)
- GAZA: 20,000 CHILDREN KILLED IN 23 MONTHS OF WAR – MORE THAN ONE CHILD KILLED EVERY HOUR | Save the Children International (https://www.savethechildren.net/index.php/news/gaza-20000-children-killed-23-months-war-more-one-child-killed-every-hour)
- Le conseil d’éthique de Paris-Saclay appelle à rompre avec les universités israéliennes | Mediapart (https://www.mediapart.fr/journal/france/040226/le-conseil-d-ethique-de-paris-saclay-appelle-rompre-avec-les-universites-israeliennes)
Image de couverture © Jaber Jehad Badwan

